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Et si l’alimentation devenait un bien commun ? – Défense d’une révolution sociale
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Et si l’alimentation devenait un bien commun ? – Défense d’une révolution sociale

1 h 3710/03/2025
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Lutter contre la faim en transformant nos systèmes alimentaires, pour permettre à tous et toutes d’accéder à une alimentation saine et choisie, le tout en favorisant une agriculture durable et un revenu juste des agriculteur·ices : c’est le projet de la sécurité sociale de l’alimentation, imaginé sur le modèle du régime général de la sécurité sociale, fondé après la Seconde Guerre mondiale par Ambroise Croizat.

Une trentaine d’expérimentations sont en cours à Bordeaux, Lyon, Rennes, Paris ou encore Cadenet. Pour ce nouvel épisode de Bouffe de là, Nora Bouazzouni reçoit Pauline Scherer, sociologue et intervenante en recherche-action, qui copilote depuis deux ans la caisse alimentaire commune de Montpellier.

« Se nourrir, ce n’est pas une question de disponibilité, mais d’accès ». Dès les premières minutes, Nora Bouazzouni pose le cadre : alors que la production alimentaire mondiale augmente, l’insécurité alimentaire explose. En France, 8 millions de personnes vivent avec moins de 3 euros par jour pour se nourrir. Une aberration qui ne relève pas du hasard, mais d’un système profondément inégalitaire.

Un droit fondamental bafoué

Pauline Scherer, sociologue et militante de terrain, travaille depuis une dizaine d’années sur les inégalités alimentaires. Pour elle, le problème est clair : « Il n’y a pas de démocratie alimentaire aujourd’hui ». Loin d’être un choix individuel, nos habitudes alimentaires sont dictées par un marché dominé par les géants de l’agroalimentaire et de la distribution. « Le fait d’avoir 50 marques de yaourts en rayon ne signifie pas qu’on a le choix », ironise-t-elle.

Face à cela, une idée a émergé : et si l’on appliquait à l’alimentation le même principe que la Sécurité sociale ? Un financement par la cotisation, un accès universel et une gestion démocratique. Voilà le projet de la Sécurité sociale de l’alimentation (SSA), actuellement testé à Montpellier et dans une trentaine d’autres territoires.

Montpellier, laboratoire d’une autre alimentation

À Montpellier, la Caisse alimentaire commune repose sur trois piliers :

  1. Universalité : chaque personne reçoit 100 « monas » par mois (équivalent à l’euro) à dépenser dans des commerces et chez des producteurs locaux conventionnés.
  1. Financement par cotisation : chaque participant verse une somme libre, de 1 à 170 euros par mois, selon ses moyens. Une approche basée sur la confiance plutôt que le contrôle social.
  1. Démocratie alimentaire : c’est le comité citoyen qui définit collectivement quels commerces et quels produits sont éligibles.

Les résultats sont spectaculaires : « La première chose que j’ai achetée ? Des légumes. Parce qu’avant, je ne pouvais pas », témoigne une participante. Un ancien chef de cuisine confie, ému : « J’ai mangé des pâtes à la sauce tomate pendant des semaines. La Mona m’a sauvé ».

Manger, mais aussi choisir

Au-delà de l’amélioration immédiate du quotidien des bénéficiaires, l’expérimentation montre que redonner du pouvoir aux citoyens sur leur alimentation change radicalement leur rapport à la nourriture. Finies les courses dictées par la contrainte financière : « Avec la Mona, j’ai redécouvert le plaisir de cuisiner et de partager ». Une participante raconte comment elle a pu offrir des amandes grillées lors d’un apéro avec ses voisins : « C’est un petit détail, mais ça change tout ».

Le projet questionne aussi l’organisation du travail domestique : cuisiner prend du temps, et la charge repose souvent sur les femmes. Le comité citoyen réfléchit donc à inclure des plats cuisinés et des cantines solidaires dans le système.

Un modèle généralisable ?

Loin d’être un simple projet local, la SSA suscite un intérêt grandissant. Fin février, une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée nationale pour soutenir ces expérimentations. « On est à contre-courant du contexte politique actuel », reconnaît Pauline, « mais on crée un horizon mobilisateur ».

Pourtant, l’idée fait son chemin. Les médias s’en emparent, les expérimentations se multiplient. Un tournant est-il possible ? Pour Pauline Scherer, la SSA n’est pas une utopie, mais une réponse politique à un système alimentaire absurde« Manger ne devrait pas être un luxe ».

La Sécurité sociale de l’alimentation, c’est quoi exactement ?

C’est une proposition politique qui vise à garantir un accès digne et universel à une alimentation de qualité, financé par la cotisation sociale, à l’image de la Sécurité sociale de la santé.

Qui peut participer aux expérimentations en cours ?

À Montpellier, toute personne peut rejoindre la Caisse alimentaire commune, indépendamment de ses revenus. Chacun cotise selon ses moyens et reçoit un budget alimentaire sous forme de monnaie locale.

Peut-on vraiment généraliser cette idée au niveau national ?

C’est l’ambition du collectif SSA, mais cela nécessitera un changement de paradigme profond. L’expérimentation permet de tester la faisabilité, de rassembler un mouvement et de pousser les institutions à prendre le sujet au sérieux.

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Cet article est le fruit d'un travail humain, d'une retranscription automatique de l'émission par notre AuBotPoste revue et corrigée par la rédaction.

Transcription de l’émission

Nora Bouazzouni
Bonjour, bonjour, bonsoir, bienvenue à tous et à toutes dans ce septième épisode de Bouffe de là. Je suis toujours Nora Bouazzouni et je suis toujours ravie de voir qu 'il y a autant de monde qui est là. Bonjour Euryale, bonjour Nayan qui est à la prod, bonjour Valeur Anarchiste, bonjour Glaudioman, bonjour RGZR7, bonjour NoKline, bonjour GhiMouz,, bonsoir les humains, bonjour les gens, bonjour aux gens dans le chat, n 'hésitez donc pas à réagir, à poser vos questions, à discuter entre vous aussi et n 'oubliez pas Pour qu’Au poste continue à proposer interviews et vidéos de qualité, il faut s 'adonner. Et oui, Pauline, pas s 'abonner, enfin si, abonnez -vous aussi, mais adonnez -vous. Adonnez des gens parce qu 'on est indépendants. Et comme je le dis à chaque fois, l 'indépendance, contrairement à la gentillesse, ça n 'est pas gratuit. Et abonnez -vous. Ce YouTube, c 'est nouveau. En fait, ça prend deux secondes et ça permet à Auposte de prétendre, j 'ai du mal, ce n 'est pas la fin de semaine, c 'est le début, à certaines aides financières. Donc n 'hésitez pas à vous abonner, ça prend vraiment deux secondes. On en parlait dans l 'épisode numéro 5 sur l 'insécurité alimentaire. Se nourrir, ce n 'est pas une question de disponibilité, mais d 'accès. On en a parlé avec Bénédicte Bonzi et Marie -Drique. La production alimentaire mondiale s 'accroît, mais la fin dans le monde aussi. Je me rappelle les chiffres. En France, entre 6 et 8 millions de personnes sont en insécurité alimentaire à peu près et 8 millions ont moins de 3 euros par jour pour se nourrir. 41 % des Français disent ne pas avoir les moyens financiers de consommer autant de fruits et de légumes frais qu 'ils et elles le souhaitent parce que ça coûte cher, en disant que les frais de légumes ont augmenté en moyenne de 40 %. C 'est trois fois plus que le niveau général des prix. Le problème, c 'est que les salaires stagnent, sauf que les charges sont incompressibles, elles augmentent et le prix de la nourriture aussi. Donc, l’alimentation est devenue la variable d 'ajustement. On le sait aussi, on l 'a déjà parlé dans l 'épisode que je citais, une nouvelle alimentation a des conséquences sociales mais aussi sanitaires sur la santé mentale, retard de croissance, obésité, diabète de type 2, maladie neuro -vasculaire, cancer… Selon l 'adresse, les 10 % les plus modestes de la population française développent plus souvent une maladie chronique que les 10 % les plus aisés à âge et sexe comparables, 2,2 fois plus de diabète et 2,2 fois plus de maladie du foie ou du pancréas. On a aussi parlé dans le dernier épisode de Bouffe de là, sur les colères paysannes, des problèmes structurels du modèle agricole en France et des difficultés énormes rencontrées par les paysans et les paysannes et toutes ça, des répercussions sur le système alimentaire. Mais comme pour le capitalisme, l 'impérialisme et le patriarcat, on nous dit que c 'est comme ça, on a toujours fait de cette manière et qu 'il n 'y a pas d 'alternative. Donc les gens qui voudraient changer le système seraient au mieux des utopistes, au pire de dangereux communistes comme nous tous dedans au poste et dans le tchat bande de communistes. C 'est sûrement ce qu 'ont entendu les premières personnes qui ont suggéré de créer une sécurité sociale de santé en France, qui a été unifiée après la Seconde Guerre mondiale par Ambroise Croizat. Et en 2018, un collectif pour l 'accès digne à l 'alimentation qui a été initié par le groupe ISF Agrista, c 'est les agricultures et souveraineté alimentaire d 'ingénieurs sans frontières qui ont été rejoints par Réseau Salariat et les CIVAM. Les CIVAM, c 'est les centres d 'initiative pour valoriser l 'agriculture et le milieu rural, mais aussi la Conf Paysanne et d 'autres organisations. Ils se sont demandés comment faire pour converger, faire converger ces luttes pour remettre de la démocratie dans nos assiettes, tout en transformant le système alimentaire. Et si on crée une sécurité sociale ? de l 'alimentation, une SSA, donc… Après cette longue intro, je n 'ai même plus de souffle. Avec moi pour en parler aujourd 'hui, j 'ai le plaisir de recevoir Pauline Scherrer. Salut, Pauline. Eh bien, bonjour. Vu qu 'on se connaît, on va tout faire, on va faire semblant. Tu es sociologue, t 'es intervenante en recherche -action et tu copilotes depuis deux ans la Caisse alimentaire commune de Montpellier, l 'une des trente et quelques expérimentations, on dira pourquoi on dit expérimentation après, de SSA qui ont cours en France en ce moment. Alors, avant d 'expliquer en quoi ça consiste la ÇA, Comment toi tu t 'es retrouvée à copiloter le projet et est -ce que tu connaissais déjà la SSA avant et comment tu l 'as connue ?
Pauline Scherer
Moi, comme t 'as dit, je suis sociologue intervenante. Donc ça fait une petite dizaine d 'années maintenant que je travaille sur les questions d 'inégalité sociale en matière d 'alimentation. Donc en gros, c 'est toutes les précarités qu 'on va retrouver dans le système alimentaire. Et notamment ce qu 'on appelle la précarité alimentaire, c 'est -à -dire que le fait qu 'on a une proportion de plus en plus importante de la population en France qui n 'arrive pas à se nourrir, qui n 'arrive pas à se nourrir en quantité, mais aussi et surtout peut -être aujourd 'hui en qualité. avec tous les effets négatifs que tu as que tu as dit. Donc voilà, ça fait un petit moment que je travaille là-dessus. Et comme qui dit recherche action, on dit que je travaille à partir de situations concrètes. On avait déjà travaillé avant avant de faire cette caisse alimentaire commune avec des associations d 'aide alimentaire, par exemple, qui commençaient un peu à se questionner sur ce système d 'aide et à en voir un peu les limites, les limites, on va dire, du dispositif. On avait travaillé aussi sur comment on peut créer des lieux. des lieux communs autour de l 'alimentation, des lieux citoyens, qui justement font un peu moins la différence entre les riches et les pauvres, cette idée de « il y a ceux qui aident, il y a ceux qui sont aidés », comme on revisite un peu tout ça. C 'est un peu moins stigmatisant. Voilà, et en fait finalement ce qui a attiré mon attention, c 'est ce qu 'on appelle la démocratie alimentaire, enfin l 'enjeu de démocratie alimentaire, parce qu 'il n 'y a pas de démocratie alimentaire aujourd 'hui. Et donc quand on dit démocratie alimentaire, il y a un peu deux aspects. Un premier aspect qui est très concret, en gros, c 'est toutes les initiatives que les habitants et les habitantes inventent depuis des dizaines d 'années pour essayer de se réapproprier leur alimentation face à un système qui est profondément injuste d 'ailleurs. Voilà ! qui est opaque aussi et qui a des effets extrêmement négatifs et qui finalement est piloté par des grands acteurs économiques de l 'industrie alimentaire notamment et donc qui créent des jardins partagés, des AMAP, des épiceries associatives, des supermarchés coopératifs, des systèmes d 'échanges, de troc, de récup, des groupements d 'achats, des cantines solidaires, voilà. Donc il y a un vrai mouvement qui existe depuis longtemps autour de ça. des groupements d 'achats. mais qui restent assez minoritaires, on va dire. C 'est la question des alternatives. Et puis, par ailleurs, en sociologie, en recherche, c 'est aussi un concept, la démocratie alimentaire, qui a été caractérisée notamment par un chercheur anglais qui s 'appelle Tim Lang. et qui a justement essayé de définir par ce terme ce qu 'il appelle une lutte titanesque entre la pression démocratique et la force du contrôle. C 'est un peu ce que je décrivais juste avant, c 'est -à -dire comment on peut, en tant qu 'habitant et habitante, se réapproprier cette question de l 'alimentation. C 'est avant tout une réflexion autour de cette question -là qui m 'a animée, on va dire, comment on fait de l 'alimentation un sujet de démocratie. Comment on constate que finalement, le fait qu 'on fasse tous et toutes, beaucoup, beaucoup nos courses dans les supermarchés, ce n 'est pas forcément un choix démocratique. Le fait d 'avoir toutes ces marques de yaourt, de jambon, ce n 'est pas forcément non plus un choix démocratique, ça ne l 'est pas, et ça nous est plutôt imposé par ce système du marché autour de l 'alimentation. Donc, comment faire de l 'alimentation une marchandise pas comme les autres, justement ? Alors, il y en a qui parlent de biens communs, enfin voilà, on pourrait se balader un peu dans les termes évocateurs. Et donc, c 'est un peu cette question -là qui m 'a animée, qui m 'occupe encore aujourd 'hui. Et en 2021, à cette époque -là, j 'accompagne un collectif d 'associations au niveau national qui veut faire du plaidoyer, justement, sur ce droit à l 'alimentation. C 'est quoi le plaidoyer ? Plaidoyer, ça veut dire revendiquer tout simplement, ça veut dire faire valoir des arguments notamment auprès des institutions, mais pas qu' auprès aussi des citoyens, du grand public, sur une idée, sur une cause. Et en gros là, la cause qu 'ils voulaient défendre, c 'était la cause du droit à l 'alimentation et de l 'accès de tous et toutes à une alimentation de qualité. Donc c 'est un peu avec ces assos -là qu 'on a commencé à travailler, à réfléchir. Et puis, dans le même temps, émergeait cette idée de sécurité sociale de l 'alimentation. Donc moi, je n 'étais pas à l 'initiative de cette réflexion, de cette idée. Elle a été portée, comme tu dis, par différentes organisations. Mais travaillant sur le sujet, assez vite, je m 'y suis intéressée. Et c 'est devenu une source d 'inspiration.

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Sources, liens & références

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