Un syndicaliste piégé par la DGSI sur numéro prépayé désactivé, une loi contre les violences sexuelles mise au placard jusqu'à la mort d’une enfant : France Déter reçoit ce matin deux invités qui, chacun à leur façon, instruisent le procès d’un État qui sait très bien choisir ses cibles.
Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant.
La rencontre avec Tayeb Khouira et Céline Thiébault-Martinez
Tayeb Khouira: secrétaire national de Solidaires, ancien porte-parole de Sud-Aérien est agent de piste à Roissy-Charles-de-Gaulle, il raconte une convocation qui ressemble à tout sauf à ce qu'on lui avait annoncé. Le 20 janvier 2024, un samedi à 18h, un numéro inconnu l'appelle: le commissariat du Blanc-Mesnil veut lui parler. Il se présente, se fait fouiller, monte au premier étage. Deux agents lui posent leur première question: vous savez pourquoi vous êtes là? Il répond: le vol d'un carte bancaire dont il est victime. Réponse: «Ah non, c'est une histoire plus grave.» Ce qu'on lui reproche: «glorifier le Hamas» et inciter ses collègues à «tout faire exploser sur l'aéroport». S'enchaînent deux heures de questions sur son militantisme, son soutien à la Palestine, et --- révélateur --- quelle mosquée il fréquente et s'il envoie de l'argent à l'étranger. Aucun PV, aucun droit notifié, aucun avocat. En sortant, il rappelle le numéro: désactivé.
Ce n'était pas des agents du commissariat qui l'interrogeaient mais ceux de la DGSI. Les caméras de surveillance ont prouvé sa présence. L'IGPN, saisie, s'est dessaisie. La DGSI a mené sa propre enquête sur elle-même. Lors d'une seconde convocation, une agente lâche: «Même nous, on n'a pas accès au dossier. C'est classé secret défense. Ça vient de très haut, et quelqu'un de très bien placé vous en veut.» Dans les dépositions récupérées après le classement de sa plainte, les agents évoquent «une alerte sur un attentat imminent» le jour même. Tayeb Khouira démonte: «On n'appelle pas quelqu'un qui doit commettre un attentat à 18 heures.» Aucun badge bloqué, aucun collègue interrogé à Roissy. Pour lui, le mobile est politique: figure des blocages de l'aéroport pendant la réforme des retraites, soutien affiché à la Palestine, à l'approche des JO. «C'était un cocktail de répression syndicale, c'était de la barbouillerie tout simplement.» Avec Solidaires et la Ligue des droits de l'homme, il saisit le tribunal administratif pour engager la responsabilité de l'État.
Céline Thiebault-Martinez: députée PS de Seine-et-Marne, elle, a déposé le 2 décembre 2025 une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles transpartisane, portée avec des élus communistes, écologistes et du bloc central, adossée aux associations féministes et enfantistes, la loi a dormi. L'affaire Lyhanna l'a ressortie du tiroir: elle sera discutée à partir du 15 juillet --- mais pas sous la forme voulue par ses auteurs, Lecornu ayant choisi un véhicule législatif plus étroit.
Thiébault-Martinez commence par les chiffres: 160 000 enfants victimes de VSS par an, un toutes les trois minutes. 270 000 femmes victimes de violences conjugales en 2023, en hausse de 10%. 94% des plaintes pour viol classées sans suite. 1% des violeurs punis. Elle dénonce le «pointillisme législatif» des gouvernements successifs --- des petites lois qui ne font pas système face à des violences qui, elles, font système. Sa proposition: une juridiction spécialisée sur le modèle espagnol, des magistrats et policiers formés au psychotrauma, la fin des alternatives aux poursuites pour VSS, une aide juridictionnelle sans conditions de ressources, la prescription glissante étendue aux majeurs. Sur Macron qui a dit que ce n'est pas une question de moyens: «Le budget a augmenté, mais qu'en a-t-on fait? On a surtout construit des places de prison.» Sur les 70 000 plaintes que Darmanin promet de réexaminer: «Cette annonce en elle-même n'a pas de sens parce qu'on ne sait pas à quoi elle sert en réalité.»
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