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« L’idée de transition énergétique nous enfume » — Jean-Baptiste Fressoz
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Environnement

« L’idée de transition énergétique nous enfume » — Jean-Baptiste Fressoz

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Dans cet Écoloscope, Jean-Baptiste Fressoz pulvérise une idée devenue centrale dans le débat public : la transition énergétique. Historien des techniques, il démontre que jamais, dans l’histoire, une énergie n’a remplacé les autres — elles ont toujours crû ensemble, en symbiose. Le récit séduisant d’un passage harmonieux vers un monde décarboné n’est pas seulement faux : il est dangereux. Derrière ce slogan, se cachent illusions technologiques, erreurs de diagnostic et intérêts industriels bien présents dans la construction du GIEC. Pendant une heure, Fressoz dévoile l’ampleur réelle du défi climatique. Une discussion sans fard, qui repolitise radicalement la question écologique.

En matière d’écologie, la « transition énergétique » est partout. Des ministères aux grandes entreprises en passant par les rapports du Giec, c’est le paradigme dominant de la lutte contre le changement climatique : pour sauver la planète, il faudrait remplacer les énergies fossiles par des énergies décarbonées, renouvelables ou nucléaire. Et ce récit repose en partie sur l’histoire de l’énergie, avec l’idée qu’il y aurait eu par le passé d’autres transitions, du bois au charbon, puis du charbon au pétrole. Mais cette histoire est-elle réelle? D’où vient cette idée de transition énergétique et comment est-elle devenue l’horizon incontournable de la lutte contre le dérèglement climatique? Et si la « transition énergétique » n'était qu’un mythe qui nous illusionne sur la volonté des dirigeants à prendre en compte l’urgence climatique?

Jean-Baptiste Fressoz est historien des sciences et techniques, chercheur au CNRS et auteur de plusieurs ouvrages dont Sans transition, une nouvelle histoire de l'énergie. A travers un retour sur l'histoire des énergies et une analyse critique de la notion de "transition énergétique", il pointe les limites du tout-technologique et appelle à la lucidité sur le défi climatique.

La rencontre avec Jean-Baptiste Fressoz

  • La transition énergétique est présentée comme un slogan plus que comme un concept scientifique : installer des renouvelables ne remplace pas les fossiles, cela ne fait que diminuer l’intensité carbone de l’économie. «Ce n’est pas une notion scientifique, ce n’est pas une notion rigoureuse»
  • Le terme «transition énergétique» est né chez des savants atomistes américains issus du projet Manhattan, qui imaginaient une bascule très lente vers le nucléaire, sans rapport avec le climat actuel. «Elle aura lieu dans 3, 4, 5 siècles»
  • Dans les années 1970, le mot sert avant tout à renforcer la souveraineté énergétique : il s’agit de réduire la part du pétrole, quitte à augmenter l’usage du charbon. «Le charbon peut faire partie de la transition énergétique»
  • Les premiers économistes du climat ont cru qu’il suffirait d’innover plus tard, en sous-estimant la réalité matérielle et la destruction de capital nécessaire à un vrai basculement. «C’est grotesque»
  • L’innovation ne remplace pas les matières : même les grands progrès technologiques ne réduisent pas leur usage, qui continue d’augmenter année après année. «Les matières premières ne sont jamais obsolètes»
  • L’idée d’«âges» énergétiques est fausse : dans l’histoire, les énergies ne se remplacent pas mais s’additionnent et croissent ensemble. «95% du charbon a été sorti après 1900»
  • Le bois reste une énergie majeure : centrales biomasse, papeterie, emballage et industrie continuent d’en augmenter la consommation. «Le bois n’est pas du tout obsolète»
  • Les pays riches affichent de bonnes performances climatiques en externalisant la pollution, grâce aux importations de biens et de technologies fabriquées ailleurs. «C’est assez facile de décarboner une économie quand vous envoyez toutes les choses un peu polluantes à l’étranger»
  • Le groupe 3 du GIEC a intégré des solutions technologiques promues par l’industrie fossile, comme la capture du carbone, révélant une forte perméabilité entre expertise et intérêts industriels. «Il y a une porosité très forte»
  • Le véritable enjeu consiste à hiérarchiser les usages du CO₂ : distinguer ce qui est vital de ce qui est superflu et repenser les infrastructures matérielles, très émettrices et consommatrices de ressources. «La question clé, c’est pour faire quoi?»

Transcription de l’émission

Hélène Assekour
Bonjour, bonsoir, bienvenue au poste. Alors, vous ne me connaissez pas, c’est normal, c’est ma première. Donc je suis Hélène Assekour je suis journaliste et militante écolo et donc c’est le retour d'Écoloscope. Donc dans Écoloscope, comme son nom l’indique, on va parler d'écologie. Donc on va parler de dérèglement climatique, on va parler d’effondrements de la biodiversité, d’extinction de masse des espèces, de catastrophes climatiques, de montée des eaux, de pollution chimique. Donc vous avez compris, c’est un programme très réjouissant, mais ce qui est bien, c’est qu’on va y réfléchir ensemble avec nos invités, puis avec vous aussi dans le tchat. Donc bonsoir le tchat. Je commence un petit peu à vous voir, je vois Carabistouille, j’ai vu tout à l’heure Nobassarane. N’hésitez pas à dire dans le tchat que vous êtes là, comme ça on sait qu’on est nombreux à réfléchir à cette question-là ce soir aux questions écolo.
Jean Baptiste Fressoz
Alors une arnaque, c’est un petit peu fort comme mot, mais en tout cas, c’est un slogan. Ce n’est pas une notion scientifique, ce n’est pas une notion rigoureuse. Ce qu’on fait quand on installe des panneaux solaires, des éoliennes, et dans une moindre mesure, quand on remplace les voitures à essence par des voitures électriques, ce n’est pas simplement qu’on passe d’une énergie à une autre, c’est plutôt qu’on diminue l’intensité carbone de l'économie. On a besoin d'émettre moins de CO2 pour produire le même service économique. Et je crois que c’est important de présenter les choses comme ça parce que ça oblige à laisser sur la table la question de la taille de l'économie. Si vous dites transition énergétique, vous faites croire qu’on passe comme ça d’une économie fossile à une économie décarbonée. Et donc cette économie décarbonée, elle pourra croître autant que vous voulez dans le futur sans modifier le climat. Et ça, ça repose sur vraiment une très profonde illusion technologique. Parce qu’il y a tout plein de secteurs où il n’y a pas de transition du tout. Le seul secteur où on peut parler avec un petit peu de rigueur de transition, c’est l'électricité. Où effectivement on peut faire, je ne sais pas, remplacer des centrales à charbon par un système où il y a davantage de renouvelables ou du nucléaire, mais ça ne vaut que pour l'électricité. Pour les autres secteurs, on n’est pas vraiment dans des dynamiques de transition. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de progrès technologique, il y a beaucoup de progrès technologiques, mais ce ne sont pas des transitions. Le meilleur exemple, c’est sans doute la voiture électrique. La voiture électrique, c’est vrai que c’est mieux que la voiture à essence du point de vue du climat et du point de vue aussi de la pollution atmosphérique en ville, mais ce n’est pas du tout zéro carbone. En gros, selon les pays et selon la taille des voitures, vous divisez par deux les émissions au kilomètre passager. Vous ne faites pas vraiment une transition vers zéro carbone. Donc une voiture électrique, c’est une voiture, c’est une technologie semi propre, si vous voulez. Ce n’est pas du tout une technologie propre, du tout. Et en plus, il y a plein de problèmes d’extraction métallique. On pourrait y revenir, si vous voulez. Voilà donc vraiment cette notion de transition énergétique, quand on y réfléchit un peu sérieusement, on voit que c’est une notion très très peu sérieuse. Et ce qui est frappant, c’est que ce que vous disiez est devenu complètement consensuel et tout le monde croit savoir ce qu’est qu’une transition énergétique. Vous avez dit on va sortir des fossiles. Quand on y réfléchit, c’est aussi un peu un slogan. Il y a plein de choses où on ne sait pas vraiment sortir des fossiles, y compris des choses importantes vitales, en particulier l’agriculture. Donc je crois que c’est important d’avoir un regard matériel, réaliste sur le monde productif et ne pas fantasmer des immenses bascules grâce à la technologie, parce que ça nous enfume effectivement.

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Sources, liens & références

Hélène Assekour
@helene-assekour.bsky.social
Bluesky

Jean-Baptiste Fressoz 

Jean-Baptiste Fressoz est auteur d’une thèse en histoire à l’École des hautes études en sciences sociales et à l’Institut universitaire européen de Florence, sous la direction de Dominique Pestre ; Chargé de recherche au CNRS, membre statutaire du centre de recherches historiques (EHESS), il a été maître de conférences à l’Imperial College de Londres. Ses recherches portent sur l’histoire environnementale, l’histoire des savoirs climatiques, l’Anthropocène. Il tient une chronique mensuelle dans Le Monde.

ihedate.org

La nature en révolution - Jean-Baptiste Fressoz, François Jarrige, Thomas Le Roux, Corinne Marache & Julien Vincent - 2025 

: Révolutions, industrialisation, colonisation : ce livre propose un nouveau regard sur la France de 1789 à 1870. Comment cette nation paysanne a-t-elle entretenu la fertilité de ses sols avant les engrais chimiques ? Pourquoi les questions que l'on qualifierait maintenant d'écologiques étaient-elles centrales dans les Assemblées révolutionnaires ? Comment le capitalisme français est-il parvenu à drainer des matières premières à l'échelle mondiale ? Comment les risques et les pollutions furent-ils normalisés pour qu'advienne l'industrialisation en dépit des plaintes et des procès ? À qui profitaient les émissions de CO2 ? C'est à ces questions et à bien d'autres encore que ce livre fournit des réponses surprenantes, modifiant en profondeur notre compréhension de la France du XIXe siècle.

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Harrison Brown 

Université Johns-HopkinsUniversité de Californie à Berkeley

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Encore passionnant ce soir. Merci AuPoste piaille.fr/@auposte/1156513...
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