L'État a déployé 8 000 policiers pour accueillir la joie des supporters du PSG - et transformé une nuit de fête en machine à réprimer. Mineurs tabassés, comparutions sans juge, extrême droite cartographiée : Au Poste fait la matinale.
A 7h30: Antoine Champagne et Ricardo Parreira. Ils sont la cheville ouvrière du projet Linked, la cartographie de l'extrême droite française la plus complète à ce jour. Personnalités, organisations, médias, groupuscules: ils ont croisé et recroisé toute la nébuleuse.
A 8h30 : Romane Bartoli, avocate au barreau de Paris, membre du Collectif d’Action Judiciaire. Elle a assisté un bon nombre de garçons interpellés après la victoire du PSG. Comparutions immédiates, justice expéditive, brutalité policière, elle va nous raconter ce qu’elle a vu et entendu.
La rencontre avec Antoine Champagne et Ricardo Parreira
Antoine Champagne et Ricardo Parreira, de la rédaction Reflets.info, présentent LinkedED, la cartographie la plus complète à ce jour de la nébuleuse d'extrême droite française. Quatre mois de travail, quatre personnes, 450 fiches rédigées par des journalistes - sans IA. Le projet couvre personnalités, organisations, médias et groupuscules, et propose trois niveaux de navigation: fiches sourcées, réseau graphique interactif, et «stories» narratives. Champagne assume le choix éditorial: «L'étendue de cette nébuleuse nous a paru tellement énorme qu'on s'est dit il faudrait pouvoir la voir dans un seul truc ou fouiller dedans facilement.» Parreira insiste sur la dimension historique: «L'extrême droite, elle n'est pas d'aujourd'hui, elle a une histoire qui est vraiment contre-révolutionnaire, anti-démocrate, anti-républicaine.» Sur la légalité des fiches nominatives, Champagne est net: «Les personnes qui sont dans cette cartographie, il y a un intérêt public à parler d'elles.» Et Parreira précise le cœur du projet: «Les fascistes essayent de cacher un maximum leur racisme, leur homophobie, leur transphobie et leur haine - et donc c'est très intéressant le travail qu'on fait parce qu'on met quand même en avant leur vie un peu qui est cachée.» L'outil est aussi pensé pour les journalistes non spécialisés qui veulent comprendre les réseaux locaux. Les dons sont ouverts pour pérenniser le projet.
La rencontre avec Romane Bartoli
Romane Bartoli, avocate au barreau de Paris, militante à Révolution Permanente et au Collectif d'action judiciaire, revient sur les audiences des comparutions immédiates après la finale PSG-Arsenal. Elle replace d'emblée la répression dans son contexte: «L'État a mis en place des dispositifs hors normes - 8 000 policiers déployés à Paris, interdiction de fan zone, et c'est ça qui explique ce niveau de répression.» Sur les 890 interpellations, elle dénonce une mécanique d'humiliation: «On a des dossiers vides et on les défère quand même au tribunal pour faire durer l'humiliation et faire en sorte que les gens sortent le plus traumatisés possible.» Elle décrit le cas d'un motard condamné à une ordonnance pénale - «une peine sans voir de juge, inscrite au casier judiciaire» - pour entrave à la circulation sur le périphérique. Sur les violences en garde à vue, elle rapporte le témoignage d'un mineur de 13 ans: «Pendant 24 heures, ça a été une opération d'humiliation, des insultes racistes, des insultes homophobes parce qu'il avait le malheur de porter un t-shirt du PSG rose.» Sa conclusion est tranchante: «Les classes dominantes n'ont pas besoin de raison pour criminaliser les jeunes des quartiers populaires - leur joie suffit.»
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