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« Le sabotage c’est un état d’esprit »
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Libertés

« Le sabotage c’est un état d’esprit »

0 h 0022/04/2026
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En 1944, l’OSS (l’ancêtre de la CIA) publiait un manuel pour apprendre aux civils à saboter l’occupant nazi --- sans armes, sans héroïsme, juste en bâclant les réunions et en semant la pagaille au bureau. Déclassifié en 2008, téléchargé des centaines de milliers de fois au lendemain de l’investiture de Trump, ce petit livre refait surface avec une force insoupçonnée : et si gripper les rouages était, aujourd’hui encore, l’arme des faibles contre les puissants ?

La rencontre avec Dominique Pinsolle

Historien du mouvement ouvrier à l'université de Bordeaux-Montaigne et directeur de collection chez Agone, Dominique Pinsolle vient de signer la préface et la traduction revue du Manuel de sabotage simple sur le terrain (éditions du Détour). Ce document (préparé par l'OSS, ancêtre de la CIA, le 17 janvier 1944) a été déclassifié en 2008 puis téléchargé 317 000 fois en un mois après l'investiture de Trump en janvier 2025, alimentant un débat mondial sur les formes contemporaines de résistance.

L'OSS, rappelle Pinsolle, est une agence de renseignement américaine créée en 1942. Son manuel s'adresse non pas à des agents professionnels mais aux civils des pays occupés, à qui il propose de saboter sans armes, sans explosifs, sans violence: ralentir le travail, perturber les réunions, induire des erreurs de télégraphe, semer des papillons de nuit dans les salles de cinéma de l'occupant. Pinsolle souligne ce que ce texte doit à une tradition ouvrière bien antérieure: «Une trentaine d'années auparavant, il y a eu aux États-Unis tout un courant syndicaliste révolutionnaire [...] qui a été avec la CGT française de l'époque [...] un peu l'incarnation du sabotage ouvrier jusqu'à la première guerre mondiale.» L'anarchiste Émile Pouget, qui publiait Le Père Peinard à la fin du XIXe siècle, est le vrai père du mot: c'est lui qui forge le terme «sabotage» en s'inspirant des dockers britanniques qui ralentissaient le travail sans cesser de travailler.

Ce paradoxe historique fascine Pinsolle et nous avec: l'État fédéral américain, qui avait organisé en 1918 le plus grand procès civil de son histoire pour condamner des militants IWW (pour «apologie du sabotage») réutilise vingt-cinq ans plus tard, mot pour mot, les mêmes méthodes qu'il avait férocement réprimées. «Je retiens qu'on a là un État qui a été parmi les plus répressifs à l'égard du mouvement ouvrier jusqu'à la Première Guerre mondiale [...] et on voit ce même État qui, 25-30 ans après, réutilise les mêmes conseils, les mêmes méthodes qu'il combattait sur son propre sol pendant la Première Guerre Mondiale pour essayer de déstabiliser l'ennemi allemand.»

La partie du manuel la plus actuelle est celle consacrée au sabotage de bureau: poser des questions intempestives, couper la parole, chicaner sur les formulations, renvoyer toute décision à un comité élargi, placer les points importants en fin de réunion. Pinsolle y reconnaît sans peine le management contemporain: «Il y a plein de gens qui sabotent les réunions soit sans savoir [...] Il y a eu des réactions assez intéressantes dans les milieux militants [...] qui revenaient sur ce manuel en disant "mais c'est fou en fait, c'est ce qu'on se fait à soi-même sans s'en rendre compte".»

Sur la réception actuelle du manuel, Pinsolle est prudent. Il note que la bataille du sens a été perdue: les États ont imposé une définition du sabotage comme destruction violente, ce qui rend toute organisation qui emploierait le mot vulnérable à la répression: il rappelle l'affaire dite de Tarnac, où un exemplaire du Sabotage de Pouget retrouvé dans la bibliothèque des mis en cause avait été brandi comme preuve d'intention criminelle. Mais un frémissement est réel: «Je pense qu'il se passe quelque chose dans le sens où il y a de plus en plus de travailleuses, de travailleurs, de militantes, de militants qui se posent cette question de comment faire pour sortir de cette ornière dans laquelle on est, dans laquelle les méthodes classiques semblent patiner, notamment la grève.»

La démission silencieuse, le désarmement, le blocage, la désobéissance civile: Pinsolle voit s'esquisser un nouveau répertoire d'action. Le sabotage ne sera qu'une source parmi d'autres, mais l'état d'esprit demeure central: «C'est en fait une sorte de matrice qui va générer une infinité de pratiques [...] c'est sur le terrain que vous allez trouver la solution.» Et cette conviction, énoncée par Pouget en 1897 et reprise par l'OSS en 1944, reste selon lui la leçon la plus durable de ce petit livre: «C'est toujours lui et elle qui a les clés du système. Ça rappelle toujours ça. Si le travailleur arrête de travailler en faisant grève, ou décide de mal travailler, en fait tout se grippe.»

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Sources, liens & références

#AuPoste - s05-33 - 21 mars 2023  A bas la presse bourgeoise! Avec Dominique Pinsolle  

De 1840 à nos jours, la presse n’a jamais eu (tout à fait) bonne presse. Enfin, une certaine presse. L’historien Pinsolle raconte deux siècles passionnants de critique passionnée des médias. Ceux aux mains des puissants, ceux aux mains des dominés. De tout temps, c’est une histoire méconnue qu’il décrit : comment intellectuels, journalistes, hommes politiques, syndicalistes et militants anonymes ont écrit, débattu, fait grève, imaginé des manières plus démocratiques de produire de l’information.

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#AuPoste avec Dominique Pinsolle 

Dominique Pinsolle est un historien français spécialiste de l’histoire des médias, du mouvement ouvrier et des rapports entre information et pouvoir économique. Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Bordeaux-Montaigne, il consacre ses recherches à l’étude critique de la presse et à ses liens avec le capitalisme. À travers ses ouvrages et ses interventions publiques, il explore deux siècles de contestations des médias dominants et revient sur les formes d’action du monde du travail à l’époque industrielle.

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OSS 117 

Pour les articles homonymes, voir OSS 117 (homonymie).

fr.wikipedia.org

Jean Bruce 

Pour les articles homonymes, voir Bruce et Brochet.

fr.wikipedia.org

#AuPoste #DuPasséFaisonsTableBasse #2 - 9 octobre 2024  La douce (et véritable) histoire du sabotage avec Dominique Pinsolle  

Alors que s’ouvraient les JO en juillet dernier, panique à bord ! les trains restaient à quai. Horreur, malheur ! Sabotage ! Cette pratique a une vieille histoire, méconnue, mais qu’Au Poste vous invite à découvrir avec mon invité de ce mois, Dominique Pinsolle, auteur d’un livre passionnant sur l’histoire syndicale du sabotage, au début du 20e siècle.

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