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C’est sa première convocation Au Poste, et on l’attendait depuis… des années. Pour l’occasion, on a une toute nouvelle caméra. Mona Chollet vient nous parler de son dernier ouvrage Résister à la culpabilisation - Sur quelques empêchements d’exister, dans la collection « Zones » à La Découverte.
De la diabolisation des sales gosses, de la culpabilisation des femmes et des mères, forcément mauvaises, au culte du travail et à l’auto surveillance militante, la “chasseuse de fantômes” (on va comprendre) articule la façon dont la culpabilité, cet ennemi intérieur, est particulièrement présent chez les femmes, les enfants, les minorités sexuelles ou raciales, en somme : les catégories dominées. On croise dans le livre des invitées Au Poste: Hélènne Devynck, Elsa Deck Marsault, et quantité d’autrices et d’auteurs féministes. L’invitation était évidente.
D'autant que, dans une autre vie, on avait croisé Mona au Mini Rézo, bande gauchiste du début du web (1996), responsable du merveilleux Manifeste du web indépendant. Mona avait tiré de l'expérience son premier livre, Marchands et citoyens, la guerre de l'internet en 2001.
«On n’est pas au Monde Diplo, on n’est pas obligés de faire semblant d’être sérieux pour être sérieux» lance le taulier à celle qui fut une camarade, dans une autre vie, au début de l’internet grand public. «On faisait de l’activisme pour convaincre les gens qu’on pouvait utiliser internet pour s’exprimer» se rappelle Mona Chollet, pleine de nostalgie.
Si son dernier livre n’est pas entièrement consacré à des questions féministes, cet angle le domine néanmoins largement : s’il y a bien un genre dont l’Histoire de l’humanité a prêché la faute, c’est bien le féminin. À travers les chapitres, l’autrice explore les différents espaces d’expérience dans lesquels rôde cette culpabilisation, ancrée si fort qu’elle en est devenue intériorisée. L’ennemi n’est pas toujours dehors, il est parfois - est-ce pire ? - dedans.
Les images de la maternité idéale sont si fortes qu’elle rendent les femmes malades, notamment dans les dépressions post-partums, quand elles n’arrivent pas à les incarner. Les mères s’épuisent, s’échinent à cocher toutes les cases : il faut accoucher par voie basse, être immédiatement submergée d’amour pour le nouveau-né, ne ressentir aucune ambivalence, allaiter, ne jamais s’insurger d’être laissée seule avec l’enfant les premiers mois. Au-delà du fait de nuire à la fois aux femmes et aux enfants, ces injonctions sapent la solidarité entre femmes, puisqu’une des manières de se réconforter est de soutenir que les autres ont moins de succès que nous. Mona Chollet cite notamment Instagram, outil ambivalent, à la fois dévastateur dans la propagation de ces images d’Epinal, à mille lieues du réel de la plupart des femmes, et haut lieu de militantisme féministe déconstruisant ces mêmes images.
On nous balance des images de femmes très négatives à longueur de journée, notamment la célibataire à chat, qui est un avatar de la sorcière utilisé pour terroriser les femmes et les forcer à se mettre en couple.
Evidemment, la culpabilité s’abat aussi sur les femmes qui n’ont pas d’enfants. Sur ce point, l’autrice qui assume depuis longtemps ce choix, confie qu’à une époque, chaque évènement négatif était vécu chez elle comme une espèce de punition pour avoir refusé de devenir mère. À la croisée des pensées féministes, Mona Chollet exprime sa frustration devant des courants présentés comme antagonistes : le féminisme matérialiste, attaché à la quête des droits civiques, juridiques, et un féminisme qui résonne en elle, celui attaché aux représentations. Or «les deux sont tellement connectés qu’il s’agit d’un faux débat» poursuit Mona Chollet.
Nous partons ensuite à la découverte de Saint Augustin qui réussit à son époque à faire imposer comme dogme religieux la théorie de l’hérédité du peché. Nous serions tous.tes consubstantiellement mauvais, parce que nos ancêtres, Adam et Eve, ont pêché. Ayant grandi en Suisse au milieu d’une famille protestante, l’autrice porte un regard des plus critiques sur la place particulière, pour ne pas dire centrale, du pêché dans la religion chrétienne.
Même si notre génération est souvent athée, et pensait avoir pris d’énormes distances avec la religion, Mona Chollet nous questionne «comment veux-tu que des structures de pensées tellement importantes sur des durées tellement longues disparaissent de nos psychés ? Il n’y a pas de miracle».
Il est plus facile de se sentir coupable plutôt qu’impuissant.
Toutefois, plutôt que d’y voir une mécanique inutilement tragique, Chollet nous invite à comprendre pourquoi nous aimons, et peut-être avons nous besoin, de culpabiliser. Se reprocher des choses permet de s’empêcher de penser que l’on n’y peut rien.
«Aujourd’hui, on a l’impression que tout le monde sait qu’il faut prendre soin des enfants. Mais j’ai lu quelques bouquins de spécialistes de l’éducation très connus, et ça m’a sidérée. Je n’en croyais pas mes yeux. La vision de l’enfant comme diabolique est encore complètement présente» lâche Mona Chollet. L’idée d’un être oppresseur, à corriger, n’a finalement que peu évolué depuis le Moyen-Âge. Chollet insiste pour tenir les deux bouts : dénoncer la culpabilisation des enfants et la culpabilisation des mères. La répression de l’enfant est une réponse désastreuse des adultes, et notamment du père, «incarnation de la figure de Dieu dans le foyer», à l’éxubérance de l’enfant, miroir de leurs propres blessures.
L’argument ultime de tous les éducateurs prônant la sévérité face à “l’enfant roi”, “le tyran” est le fameux "c’est pour son bien”. «Mais de quel bien parle-t-on ?» interroge Chollet.
Lorsqu’on dit “c’est pour le bien de l’enfant”, de quel “bien” parle-t-on ? S’agit-il de s’insérer parfaitement dans la société sans la questionner ? Ou de devenir quelqu’un de conscient et critique, qui sait s’adapter, négocier, se rebeller ?
Cette culture doloriste et sacrificielle décrite avec ce cher Saint Augustin s’est étendue au-delà de la religion pour infuser tous les aspects de la vie, jusqu’à parasiter notre rapport au travail. Lorsqu’au bout de seize ans de salariat, Mona Chollet a pu prendre le large pour vivre de son métier d’autrice, elle raconte sa désillusion : «j’ai lu je ne sais combien de livres sur l’éloge de la paresse et j’ai réalisé que je ne savais pas vivre cette situation.» Elle nous décrit alors comment elle a été assaillie de tant de doutes et de remises en questions que même libre, sans contrainte ni chef, elle s’est retrouvée avec «un chef tyrannique dans la tête».
Il n'y a pas de bonne manière de se comporter au travail quand t'es une femme. Si tu es douce et gentille parce que tu te sens pas légitime et que tu rases un peu les murs, c'est énervant, les gens te trouvent énervant, énervant ils te trouvent un peu niaise. Ils ne comprennent pas pourquoi t'es là à trembler, à parler d'une toute petite voix. Si tu adoptes la même attitude que les mecs, c'est-à-dire tu parles fort, tu fais beaucoup de bruit, tu prends beaucoup de place, t'es hyper autoritaire, on va te regarder de travers parce que c'est pas accepté de la part d'une femme.
Interrogée sur le procès historique de Mazan, Mona Chollet partage une observation angoissée. Comme beaucoup, elle a espéré un renversement, une prise de conscience, avant de voir le procès devenir une mise en accusation de la victime, Gisèle Pélicot.
Quand une femme dénonce un viol, elle réveille tous les stéréotypes misogynes sur la femme menteuse, manipulatrice, vengeresse. C’est comme un bouillonnement misogyne qui se dechaîne, avec le soupçon systématique de mensonge et le retournement de la culpabilité sur la victime.
Citant l’entretien de Valérie Rey-Robert chez La Déferlante, elle appelle à ne pas héroïser Gisèle Pélicot, qui «aura peut-être envie un jour de poursuivre sa vie sans être ramenée à cette histoire». Mona Chollet ajoute ainsi avec force «Ce n’est pas normal que ces histoires collent tant aux victimes et si peu aux accusés.»
«Mona Chollet, êtes-vous une féministe parfaite, et pourquoi vous ne l’êtes pas ?» s’amuse le taulier. Il est évident que les rires de l'invitée déchargent la pression qu’elle décrit à ce sujet dans le livre. La pureté militante est en effet l’un des chapitres qui mettent en relief l’aspect polymorphe de cette culpabilité. Auparavant, il fallait se demander «suis-je assez bien pour Dieu ?» Maintenant, l’examen de conscience permanent s’est imposé au militantisme.
Chollet confie notamment comment les attentes liées à son activité d’écrivaine étiquetée “féministe” l’ont complexée au point d’avoir peur, «dès que je sors de mon cercle intime, de dire quelque chose de stupide, maladroit, ambigu, parce que je dois être à la hauteur de ma réputation d’autrice féministe.»
Aujourd’hui elle a fait la paix avec elle-même, et présente volontiers son mea culpa lorsque c’est nécessaire, sans céder à la flagellation. D’ailleurs, à celles et ceux qui critiquent son dernier ouvrage parce qu’il n’apporterait pas de solutions, elle répond sans détour «mon livre n’est pas un guide pratique. Méfiez-vous des gens qui proposent des solutions !»
Il faut être capable de vivre avec des images de nous-mêmes qui sont parfois moches. Ça n’empêche pas de faire de son mieux et de reconnaître ses erreurs, de s’excuser. C’est une humanité basique qu’il faut accepter.
Alors qu’il faut “savoir finir un live”, la question est glissée à Mona Chollet : «ce soir, a-t-elle pu être elle-même ?» Le «oui» franc, soulagé, presque étonné de la question, nous garde un sourire aux lèvres.
De quoi parle l’ouvrage de Mona Chollet Résister à la culpabilisation ?
Dans cet ouvrage, Chollet remonte le fil de ce sentiment de culpabilité que nous portons tous.tes. Elle en dissèque les origines judéo-chrétiennes, son poids plus lourd chez les femmes, et explore les différents espaces d’expérience où il s’exprime, notamment la maternité, l’éducation, le travail, le militantisme.
Qui est Saint-Augustin ?
Saint-Augustin, aussi appelé Augustin d’Hippone, né en 354, est le fondateur de la théorie du peché originel qui se transmettrait de façon générationelle, la faute étant consubstantielle à la nature humaine. Dans Résister à la culpabilisation, Mona Chollet pointe le fait qu’avant lui, cette question de la Genèse n’était pas du tout aussi centrale.
Pourquoi aimons-nous culpabiliser ?
Se reprocher des choses permet de s’empêcher de penser que l’on n’y peut rien. D’une certaine façon, puisqu’il est plus facile de se sentir coupable qu’impuissant, la culpabilité permet de s’imaginer avoir un contrôle sur les choses, et se rassurer sur le fait que tout ira mieux la prochaine fois.
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fr.wikipedia.org: Harcèlement, humiliations, insultes : nous sommes bien averti.es de ces fléaux de la vie en société et nous nous efforçons de lutter contre eux. Mais il y a un cas de figure que nous négligeons : celui où l'agresseur, c'est... nous-même. Bien souvent résonne dans notre tête une voix malveillante qui nous attaque, qui nous sermonne, qui nous rabaisse ; qui nous dit que, quoi que nous fassions, nous avons tort ; que nous ne méritons rien de bon, que nous présentons un défaut fondamental. Cette voix parle particulièrement fort quand nous appartenons à une catégorie dominée : femmes, enfants, minorités sexuelles ou raciales... Ce livre se propose de braquer le projecteur, pour une fois, sur l'ennemi intérieur. Quels sont ces pouvoirs qui s'insinuent jusque dans l'intimité de nos consciences ? Comment se sont-ils forgés ? Nous étudierons quelques-unes de leurs manifestations : la disqualification millénaire des femmes et, notamment, aujourd'hui, des victimes de violences sexuelles ; la diabolisation des enfants, qui persiste bien plus qu'on ne le croit ; la culpabilisation des mères, qui lui est symétrique ; le culte du travail, qui indexe notre valeur sur notre productivité ; et enfin la résurgence de logiques punitives jusque dans nos combats contre l'oppression et nos désirs de changer le monde.

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: Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d'aujourd'hui de figure d'une puissance positive, affranchie de toutes les dominations. Qu'elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure. La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l'Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ? Ce livre en explore trois et examine ce qu'il en reste aujourd'hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante –; puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant –; puisque l'époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d'horreur. Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s'est développé alors tant à l'égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever. Prix de l'essai Psychologies-Fnac 2019

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fr.wikipedia.orgJulien d'Éclane (en latin Iulianus Æclanensis) est un évêque italien du Ve siècle, né en Apulie vers 386, mort en Sicile avant 455, l'une des principales figures du mouvement pélagien.
fr.wikipedia.org


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Féminisme | Il y a les agressions, les faits prescrits, les classements sans suite, la parole que la justice feint souvent d’écouter. Et il y a PPDA, la puissance intouchable, un système qui se met en place. Le silence qui ment. Dans Impunité (le Seuil), Hélène Devynck, journaliste et scénariste, raconte comment elle, et d’autres victimes, sont parvenues à fracasser le mur du silence. Comment leurs solitudes éparpillées se sont faites bloc.
Féminisme | C'est un ouvrage (La Fabrique Editions) courageux, et nuancé, signé Elsa Deck Marsault, sur un sujet sensible: comment faire justice sans singer la pire de justices punitives? Comment résoudre les VSS dans leur caractère global et systémique?

laplage.fr
: Comment les industries du " complexe mode-beauté " travaillent aujourd'hui à entretenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au cœur de la sphère culturelle. Le corps féminin est sommé de devenir un produit, de se perfectionner pour mieux se vendre. Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la " tyrannie du look " affirme aujourd'hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du " complexe mode-beauté " travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au cœur de la sphère culturelle. Sous le prétendu culte de la beauté prospère une haine de soi et de son corps, entretenue par le matraquage de normes inatteignables. Un processus d'autodévalorisation qui alimente une anxiété constante au sujet du physique en même temps qu'il condamne les femmes à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, les enfermant dans un état de subordination permanente. En ce sens, la question du corps pourrait bien constituer la clé d'une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences à celle contre les inégalités au travail.

francetvinfo.fr


Merci à mes relectrices de choc : Johanna Bourgault, Dominique Brancher, Emmanuelle Lê, Joyce A. Nashawati, Anne Roy et Victoire Tuaillon.
Bonsoir, petit clip de Mona Chollet de l'émission de ce soir, je mets ça là si ça peut servir www.twitch.tv/auposte_fr/cl...
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