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Libertés

Où en sommes-nous avec la dérive sécuritaire ?

1 h 4824/04/2021
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En mars 2021, elle a bataillé dur contre la loi Sécurité Globale au Sénat. Présidente du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, Éliane Assassi était #AuPoste pour 90 minutes. Avec elle, on a parlé drones, privatisation de la sécurité, recul des libertés fondamentales, surveillance massive, article 24 et autres petites politesses du Sénat, en attendant les recours devant le Conseil Constitutionnel. Elle a raconté les coulisses de la fabrication de la loi, les auditions d’avant hémicycle, et l’ambiance « dangereuse » dans laquelle nous sommes plongés. Ah, aussi, elle a dit ses rêves de jeunesse, quand la sénatrice voulait être… commissaire de police ! Et pour finir, elle a lâché : « La gauche ne parle plus aux gens. Elle est enfermée dans ses couloirs. »

Dès les premières minutes, les mots sont
lâchés, la sénatrice, devenue l'une des figures parlementaires de la
contestation de la loi Sécurité Globale,  ne cache pas sa colère contre
un texte « inique » qui confère des pouvoirs « considérables » à la
police, scelle une doctrine répressive du maintien de l'ordre et
« inscrit dans la loi le fait que des boîtes de sécurité privées
"assurent" notre sécurité ». Elle dénonce la connivence des sénateurs
LR, majoritaires au Sénat, avec la majorité présidentielle pour bloquer
tout amendement, et déplore la désunion de la gauche sur ce sujet.

On a assisté, avec ce texte, à une manipulation. Une commande du gouvernement à des parlementaires sous obédience politique de la République en Marche. Un texte non révisé par le Conseil d'État, sans étude d'impact... une forfanterie.
Eliane Assassi

Consciente
de l'extrême minorité de cette parole contestataire au sein du Sénat,
Éliane Assassi en profite pour raconter le quotidien de son travail,
entre débats au Sénat, commissions et auditions des parties concernées,
précieuses pour comprendre comment et en quoi, par exemple, confier des
missions de police à des entreprises privées remet en jeu le fragile
caractère de « service public » que constitue notre sécurité.

Depuis
au moins 1945, les gouvernements successifs s'enferment dans une
« surenchère » de textes à caractère répressif, alimentés par la
réaction à des événements certes tragiques. Au sujet de la loi Sécurité
Globale, la sénatrice se réjouit de la contestation dans la rue contre
l'article 24, mais met en avant le caractère global du texte - dont
l'objet initial reste le « continuum sécuritaire » - et regrette que le
reste soit  passé sous les radars. Le texte entérine une logique selon
laquelle les missions de sécurité sont déléguées à l'échelon municipal,
le manque de moyens conduisant régulièrement les maires à les confier au
privé. L'État se passe alors d'une politique claire, cohérente et
maîtrisée, exposant l'organisation de la sécurité aux soubresauts de
l'actualité politique et médiatique, ainsi qu'aux intérêts marchands.

Si l'article 24 de la loi Sécurité Globale a cristallisé les débats, c'est parce qu'il concerne les journalistes...
Misoumizou | Tchat

Lorsque
Dufresne pose la question du « rapport ambigü » de la gauche aux
questions de sécurité, Éliane Assassi l'énonce clairement : pour elle,
« dans une démocratie, il y a besoin de personnel formé pour assurer
notre sécurité ». Elle s'inscrit néanmoins dans une critique systémique
de l'institution policière, qu'elle perçoit comme « répondant trop
souvent aux ordres du gouvernement pour réprimer ». Elle voit en la loi
une « commande politique » du fonctionnement de la police, et en veut
pour preuve le contenu du texte de la loi Sécurité Globale dans lequel
« chaque alinéa est du "plus répressif" ». Et si la gauche « de
gouvernement » s'inscrit aussi dans cette commande politique-là, c'est,
selon la sénatrice, dû à une incapacité à répondre autrement aux grondes
sociales.

La notion de « rapport de force » revient souvent pour
expliquer que depuis l'intérieur des institutions - que ce soit le Sénat
ou le Conseil Constitutionnel, à majorités de droite - peu de choses
peuvent être faites contre les lois du gouvernement ; mais que, parfois,
une loi peut être adoptée et « balayée » par la suite, si la rue
s'empare de la contestation - comme ce fut le cas pour la loi CPE par
exemple. La sénatrice résume avec la formule suivante, à l'intention de
ses collègues parlementaires : « Pour être efficace, il faut un pied
dedans et un pied dehors. » C'est d'ailleurs l'un des points sensibles
de la loi Sécurité Globale, dont le caractère répressif vise
implicitement, pour le gouvernement, à affaiblir la contestation hors
des institutions. Dans le chat, Syzo91 demande : « Comment modifier le
rapport de force lorsque l'on constate les mutilations en manifestation
? » Éliane Assassi reconnaît volontiers le phénomène, mais n'y voit pas
la seule raison :

« Celles et ceux qui nous gouvernent ont contribué à éteindre la voix des corps intermédiaires, du mouvement syndical, associatif... de toutes les forces en capacité de "réaction" à des choix qu'on voudrait nous imposer. Pour établir un parallèle osé, ce n'est pas seulement parce qu'il y a des violences policières que les gens ne vont plus voter. »
Éliane Assassi

Revenant
aux débats parlementaires sur la loi Sécurité Globale, dont le nom a
depuis changé à de multiples reprises, se pose la question de la
stratégie et des recours encore possibles. La sénatrice discute avec le
chat, très bien informé, des « e-pétitions » du Sénat ainsi que de la
possibilité de saisir le Conseil Constitutionnel au moyen des QPC
(questions prioritaires de constitution), outils directement disponibles
aux citoyens mais trop peu connus. Et la sénatrice de lancer une
bouteille à la mer : « Ce qu'une loi fait, une autre loi peut le
défaire... », peut-être en pensant à l'échéance électorale qui vient
dans un an.

L'idée a sans doute aussi traversé l'esprit de David
Dufresne, qui demande, provocateur : « Pourquoi vous n'êtes pas foutus
de faire l'union de la gauche ? » L'amertume se lit dans le regard de la
militante de gauche qu'est la sénatrice Assassi. Elle confie regretter
cet état de fait, mais ne se fait pas d'illusions sur la possibilité
d'une union d'ici aux élections. Elle évoque ce « format de la
présidentielle qui concentre tout derrière un homme ou une femme », et
qui rend l'union impossible maintenant que plusieurs sont partis « bille
en tête », alors que le rapport de forces défavorable commandait
l'alliance des familles de gauche. Éliane Assassi augure qu'un tel
exemple, loin d'être nouveau à gauche, contribue à l'abstention, et
comprend que « les gens de gauche préfèrent aller sur Twitch que
voter ». Elle diagnostique que la gauche au pouvoir a déçu, portant un
coup terrible à une famille politique désormais incapable de générer de
l'espoir. Dans le chat, on réagit et on dénonce, plutôt qu'un manque
d'espoir, une défiance envers les politiques - au sens individuel - dont
aucun ne semble mériter le vote.

Forcément qu'ils ont déçu, ils n'étaient pas de gauche.
Ramonsaladier | Tchat

Assassi
comprend, et s'emporte : « La gauche ne parle plus aux gens. Elle est
enfermée dans ses couloirs. » Avant de préciser : « Nous n'avons pas
abandonné les questions de sécurité, de libertés publiques. Nous disons
que d'autres choix sont possibles. Mais ce n'est pas avec quinze petits
sénateurs dans l'hémicycle que ça suffit, il faut le porter, ce
discours. » Sans nier les difficultés structurelles, la
sous-représentation dans les institutions et dans les médias, la
sénatrice pointe son propre camp :

Nous avons perdus, en termes d'organisation. Il n'y a pas si longtemps que ça, dans chaque quartier de la Seine-Saint-Denis, il y avait une cellule du PCF avec des militants à l'écoute des gens, qui les accompagnaient dans leurs problématiques, qui prenaient en charge les migrants...
Éliane Assassi

Avec
cette piste, c'est un message à tous ceux qui « ont une idée de ce
qu'est la République » qu'Éliane Assassi envoie, dans l'espoir de
réveiller la lutte contre une droite qui s’extrémise et une
extrême-droite qui se normalise.

Transcription de l’émission

David Dufresne
Bonsoir amis du café, Amis de la police. Bonsoir, Bonsoir. Il est 18 h 47. On va recevoir Éliane Assassi. Éliane Assassi c’est cette sénatrice du groupe communiste Républicain, Citoyen et écologiste. Je vois qu’elle est en train d’arriver sur l’autre écran, ça c’est assez formidable. Bonjour tout le monde, bonsoir tout le monde, On est là pour 2 h à peu près. On est là pour parler de police, pour parler de sécurité publique, de libertés publiques, de libertés fondamentales.Voilà, alors pour vous dire que on va avoir le Bonheur je dis le bonheur parce qu’elle m’a prévenu, il y a un associé, elle m’a dit moi je n’ai pas ma langue dans ma poche, donc on va faire en sorte qu’elle n’ait pas sa langue dans sa poche. On l’avait suivie en direct, rappelez-vous pendant les débats au Sénat. C'était dans les premières émissions autour de la loi sécurité globale.C’est elle qui a le fameux mot, qui est devenu un peu notre cri de ralliement ici, que j’envoie ici.
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Sources, liens & références

Eliane Assassi  

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Suivi de l’affaire Lilian - par David Dufresne 

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