Clara Matsuda
Clara est membre du collectif Matsuda au sein duquel elle partage avec Julie l’horizon abolitionniste. Ce collectif est à l’origine de l’ouvrage Abolir la police, publié en décembre 2021. Ce collectif, composé d’une petite équipe de militant·es, s’est constitué autour d’un travail de traduction, de contextualisation et d’écriture à partir du mouvement abolitionniste américain. Leur réflexion s’inscrit dans le sillage du soulèvement déclenché aux États-Unis après le meurtre de George Floyd en mai 2020, moment qu’elle identifie comme un point de bascule politique.
Ce qui frappe alors le collectif, c’est l’ampleur du mouvement et la radicalité de son mot d’ordre : non pas réformer la police, mais l’abolir. Pour elle, cette proposition rompt avec les débats habituels en France, où les critiques de l’institution policière se limitent le plus souvent à des demandes d’amélioration, de contrôle ou de réforme. L’abolitionnisme, au contraire, remet en cause l’existence même d’un corps spécialisé chargé de la sécurité.
Clara insiste sur le fait que la police moderne n’est ni naturelle ni éternelle. Elle a une histoire, liée à des formes spécifiques d’organisation sociale et politique. Rappeler cette historicité permet d’ouvrir un espace de pensée : d’autres modes de gestion des conflits et des violences ont existé et peuvent exister. L’abolition ne consiste donc pas à supprimer toute régulation sociale, mais à cesser de déléguer ces fonctions à une institution armée séparée du reste de la société.
La distinction entre réforme et abolition est centrale dans son propos. Selon Clara, de nombreuses réformes présentées comme des avancées caméras-piétons, commissions d’enquête, ajustements de procédure — tendent surtout à renforcer la légitimité de la police. Certaines mesures peuvent être soutenues si elles réduisent concrètement le budget, les effectifs ou les prérogatives de l’institution, mais seulement si elles s’inscrivent dans un horizon explicite : celui de son affaiblissement en vue de son abolition. Sans cet horizon, la réforme risque de consolider le système existant.
Elle souligne également que la police ne répond que très partiellement aux violences qu’elle prétend combattre. Les violences sexuelles, par exemple, sont rarement prises en charge de manière satisfaisante par les institutions judiciaires et policières. C’est pourquoi le collectif s’intéresse aux pratiques de justice transformatrice développées par des féministes abolitionnistes : partir des besoins des personnes concernées, rompre les cycles de violence, interroger les contextes sociaux qui rendent ces violences possibles.
L’abolition n’est pas pour elle un programme clé en main. Elle se conçoit comme un processus long, articulé autour de deux axes : affaiblir l’institution policière et développer des ressources collectives alternatives. Cela passe par des ateliers, des échanges publics, la collecte de récits d’expériences où des situations de conflit ont été gérées sans recours à la police. L’objectif est de nourrir l’imaginaire politique et de rendre visibles des pratiques déjà existantes.
Elle situe clairement cette réflexion dans une perspective plus large de transformation sociale. Abolir la police suppose de questionner les rapports de pouvoir, les inégalités économiques et les structures qui produisent la violence. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement institutionnel, mais d’un chantier politique ouvert, qui invite à repenser en profondeur la manière dont une société organise sa sécurité et sa justice.
Avec Julie du même collectif elle était invitée Au Poste le 16 décembre 2021 pour comprendre, à partir du meurtre de George Flyod comment le mouvement abolitionniste a repris de la vigueur outre-Atlantique.Elles ont expliqué comment vivre sans police, et avec une justice transformatrice.
Livre https://www.ombres-blanches.fr/product/130829/abolir-la-police-echos-des-etats-unis
Collectif https://x.com/collectifmatsu1
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Abolir la police : comment, qui, pour qui, pourquoi & quand ?
Clara et Julie, du collectif Matsuda, auteur du livre « Abolir la police : échos des Etats-Unis », étaient #AuPoste ce matin. Avec elles, on a examiné comment, à partir du meurtre de George Flyod, le mouvement abolitionniste a (re)pris de la vigueur outre-Atlantique : quand il ne s’agit plus de dénoncer les dérives de l’institution policière, mais de questionner son existence même. Elles ont expliqué comment, selon elle, vivre sans police, et avec une justice transformatrice, pourrait être possible. Et comment ?
